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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 22:50

Despues-de-Lucia.jpg

NB: Ce qui suit dévoile des éléments de l’intrigue et ne saurait donc être lu avant de voir le film sans conséquences sur une potentielle rancœur à mon encontre (et à l’encontre du réalisateur pour d’autres raisons, mais s’agissant de cela je ne me sens pas responsable fort heureusement).

 

FestFest1.jpg

 

Ce film a reçu le Prix « Un certain regard » au Festival de Cannes.

Créée en 1978, cette section est le "off" de la sélection officielle où sont présentés des cinéastes confirmés et de nouveaux talents. Depuis 1998, un jury y attribue le Prix de la Fondation Gan pour le cinéma, ce qui, concrètement, signifie une aide à la distribution en France : 30 000 euros au distributeur français du film primé.

Pour mémoire, le lien des films qui étaient sélectionnés cette année, et également des films primés les précédentes années.

Le président du jury cette année était Tim Roth, qui ne m’est pas sympathique, mais dont je garde un bon souvenir entre autres dans « L’homme sans âge » de Francis Ford Coppola, et qui par ailleurs a suffisamment roulé sa bosse sur le grand écran pour ne plus le présenter.

 

Il s’agit du second film de Michel Franco, après « Daniel y Ana », que je n’ai pas vu, et à propos duquel j’avais suffisamment lu pour avoir trop de réticences pour me rendre à une séance.

 

Venons-en au film, vu en avant-première au MK2 Quai de Seine en présence du réalisateur et de la productrice.

 

« Despues de Lucia » (Après Lucia) est un beau titre, et les titres qui m’attirent me conduisent parfois sur des chemins sur lesquels je n’aurais pas nécessairement souhaité aller si j’avais su où ils me menaient.

 

Lucia, c’est la mère, et on comprend qu’elle est décédée dans un accident de voiture. Son mari et sa fille déménagent à Mexico suite à cet événement tragique, et c’est en quelque sorte à ce moment que le film débute. Nouveau travail pour le père, nouvelle école pour la fille, Alejandra. Les ennuis ne tardent pas pour cette dernière, qui va devenir le bouc émissaire de ses camarades (thème du bullying).

 

L’histoire est donc lourde dès le départ, dès la première scène je dirais même, et cette ambiance ne va non seulement pas aller en s’améliorant, mais elle va devenir d’une noirceur et d’une violence oppressantes à l’égard d’Alejandra. Ces dernières ne vont pas nous lâcher jusqu’au générique de fin.

 

Comme me l’a très justement signalé une dame assise à ma droite (ayant vécu au Mexique) après le film, le film montre une minorité blanche représentant 2% des habitants du Mexique et, comme le premier film du réalisateur, appartenant plus ou moins à la (haute) bourgeoisie. Cependant, les faits narrés auraient pu se dérouler n’importe où, et dans n’importe quel milieu.

 

J’ai mis un certain temps (un tiers du film peut-être) à m’habituer à ces plans larges, fixes, à ces couleurs qui me faisaient penser à un documentaire et ne me mettaient pas spécialement à l’aise, mais je ne peux pas dire que la manière de filmer m’ait déplu.  

 

Le comportement de ces adolescents est abject, et le déchaînement des filles, par son côté extrême, est assez réaliste.

J’ai éprouvé quelques difficultés à différencier certains des garçons, comme si le réalisateur avait choisi des physiques semblables pour semer le doute dans l’esprit du spectateur, ce qui ne m’a pas convaincue.

L’attitude d’Alejandra, qui semble au fil des scènes se résigner à ces violences de tous ordres qui lui sont faites, m’a profondément dérangée même si une fois de plus, elle ne manquait pas de réalisme eu égard à des situations semblables s’étant réellement produites.

Ce qui m’a posé problème, c’est le contraste entre d’une part cette résignation physique, et d’autre part l’instinct de survie et la maturité dont elle fait preuve pendant le film. Il y a quelque chose qui cloche, un manque de précision dans le récit ou les images, même si c’est difficile à décrire. Est-ce que cela a quelque chose à voir avec l’actrice choisie (par ailleurs très convaincante), qui fait extrêmement solide physiquement et qui se distingue en cela des autres jeunes acteurs ?

Le réalisateur explique que la jeune fille, en raison du deuil familial, souhaite en quelque sorte ne pas ‘charger’ la situation et elle prend donc sur elle cette violence insoutenable.

Mais, si au début, la complicité entre père et fille transparaît joliment, elle perd de sa teneur, de sa cohérence au fil du film, et elle rend de ce fait moins compréhensible cette prise sur soi des événements par Alejandra.

 

On ne voit que très peu les pires violences qui sont infligées à la jeune fille, toutes étant filmées « hors champ ». Le réalisateur explique avoir voulu laisser une marge de réflexion, de recul aux spectateurs, contrairement par exemple à la pire scène du film « Irréversible » de Gaspar Noé. Il est certain que grâce à ce procédé, le spectateur est épargné visuellement, mais il souffre psychologiquement car il n’y a pas besoin d’images pour imaginer le pire (les livres le font si bien).

Le fait est que non seulement la violence reste, mais en plus ce procédé indique clairement qu’on a vraiment voulu l’infliger au spectateur.

 

La réaction du père et le dénouement du film arrivent de façon aussi brutale que glaçante. Les yeux des spectateurs fixant l’écran autour de moi attestaient de cette incapacité muette à gérer ce qu’ils voyaient. Efficace diront certains, absolument désespérant crieront d’autres.

 

Je penche pour le noir désespérant, et je n’ai pas vu dans ce film d’éléments de réponse, d’explication au choix du réalisateur de nous avoir confrontés à cette violence.

En cela, je vois une limite à sa démarche.

 

Ames sensibles, ou ayant le moral dans les chaussettes s’abstenir.

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Published by Claire
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commentaires

Hallyne 22/10/2012 23:09

Salut! Moi j'ai plutôt aimé, mais c'est sûr que ce n'est pas le genre de film à se passer en boucle^^.
En fait, je ne m'attendais pas à ça. J'imaginais une histoire davantage centrée sur le deuil et non sur le harcèlement, donc ça m'a plutôt surprise positivement. Du coup j'ai trouvé la démarche
assez remuante, liée à des sujets pertinents. Je n'ai pas trouvé qu'il s'agissait d'une violence gratuite, mais les intentions sont très poussives et répétitives, ce qui m'a dérangé.
Son attitude renfermée m'a plutôt paru crédible pour ma part. Je pense que c'est justement cette maturité qui explique sa passivité. Elle n'a pas envie d'être victimisée ou jugée aux yeux des
autres, de son père, de ses professeurs. Elle veut être une fille normale et intégrée, mais l'enjeu est difficile, et quand les choses se gâtent elle se retrouve dans un cercle vicieux.
L'intention du réalisateur est je pense de montrer qu'avec une alliance de mauvaises circonstances on arrive à la pire des bêtises humaines, et même dans un bon milieu.
En tout cas je trouve ta critique intéressante! A bientôt.

Claire 23/10/2012 07:39



Je vois ce que tu veux dire pour l'attitude. Mais on sent que cette fille a un instinct de survie très fort (résistance physique, sommeil, faim), et je trouve que c'est un peu contradictoire avec
le fait d'être passive (lorsque certaines limites sont largement dépassées).
Oui, comme tu dis, au moins ce film fait parler! Je ne sais pas si Paperpoy fera autant parler les blogueurs...d'ailleurs il me faut encore en poster la critique, j'ai pris du retard!



bobmorane75 13/10/2012 23:10

Ton analyse reflète tout à fait mon ressenti, bien mieux exprimé que moi. Il y a quelque chose qui cloche à une endroit et dont tout ce casse la gueule. Il me semble que le côté sado masochisme est
flagrant après coup, et sans doute l'explication du glauque malaise que je n'ai pas aimé.

Claire 14/10/2012 11:11



Merci!


Oui, "glauque malaise"...ça m'a suivi pendant quelques jours cette sensation désagréable!! On se sent impuissant face à cela, et jusqu'à la fin on attend que quelque chose d'un peu moins glauque
se passe...mais...ça n'arrive pas. :(



Yuko 08/10/2012 12:26

Très bien expliqué en effet, je crois qu'il n'y a pas d'empathie possible ici... et c'est ce qui manque cruellement au film.

Claire 09/10/2012 07:41



Le mot d'empathie est bien choisi!



miriam 06/10/2012 20:55

je suis sortie sonnée du film incapable de faire une analyse sensée de la manière de filmer ou même de l'analyse psychologique. Violent, j'ai pris une claque. J'ai attendu la fin du générique
espérant je ne sais quoi, une image rédemptrice, que le père fasse demi-tour, que Alejandra réapparaisse, je ne sais quoi, c'est idiot de ma part.
en revanche, que les adultes ne se soit douté de rien m'interpelle.
Est-ce que de telles violences adolescentes ont cours autour de moi sans que je ne doute de rien? Est-ce à cela que servent les téléphones portables, les réseaux sociaux chez les ados?

Claire 06/10/2012 21:14



Ces questions sont délicates et...légitimes!
Je suis sortie avec cette claque également.
C'est vrai, concernant les adultes, moi aussi lors de la scène sur la plage, j'ai pensé: mais où sont-ils?
Pour le reste, si la 'victime' ne parle pas, il est très difficile de savoir...
Malheureusement, je crois que beaucoup de choses peuvent se produire, même avec des adultes à proximité et raisonnablement vigilants...
Je ne pense pas que les portables et réseaux sociaux en soient la cause directe, de telles choses se sont toujours produites, mais je suis certaine qu'ils n'aident pas...notamment pour
la diffusion accélérée des informations!



heavenlycreature 06/10/2012 11:16

Exactement, ce qu'il y a de dérangeant dans ce film c'est son manque d'explication, on ne sait pas où il veut en venir... Ce qui n'est pas le cas chez Haneke (à qui on arrête pas de le comparer)
qui nous embobine la tête avec beaucoup plus de brio !
En tout cas, ce film créé le débat ! :)

Claire 06/10/2012 14:07



Oui, je ne suis pas du tout fan de Haneke, mais à sa manière bien 'tordue', il est beaucoup plus doué...



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