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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 15:40

Inch'AllahLes voisins de Dieu

   

Article-rattrapage sur deux films vus mi-mars et début avril.

 

Deux films difficiles, qui véhiculent une grande violence, et me donnent beaucoup d’inquiétude, surtout en ce qui concerne le premier, le second semblant trouver une fin dont l’apparence (au moins) va vers un apaisement.

 

J’ai pu voir Inch’Allah en avant-première, en présence de sa réalisatrice québécoise Anaïs Barbeau-Lavalette, qui a parlé du film après la projection, décrit son parcours et répondu aux questions de quelques spectateurs. Il s’agit de son second long-métrage.


Inch'Allah 2 


Le synopsis est le suivant: dans un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé, jeune sage-femme québécoise accompagne les femmes enceintes. Entre les check points et le mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et ceux qui la portent de chaque côté : Rand, une patiente avec qui elle va rapidement se lier d'amitié et Ava, jeune militaire, voisine de palier en Israël. A leur contact, Chloé va progressivement remettre ses repères en question.

La réalisatrice a expliqué s'être rendue en Palestine lors du tournage d'un documentaire et avoir eu une sorte de coup de foudre pour l'endroit. Elle s'est intéressée de près à la question israélo-palestinienne, a décidé de retourner en Palestine, et d'y séjourner. Elle a visiblement fait les choses de manière approfondie puisqu'elle a même appris l'arabe, mais a exprimé maladroitement ce qui à mon sens pose problème dans son film, à savoir qu'en tant que canadienne, elle n'avait pas un historique de conflit "dans son ADN". Le scénario de ce film a été écrit sur place. Compte tenu des tensions (le mot est bien faible), le tournage ne s'est pas fait près du mur de séparation, celui-ci et ses environs ont été (très bien) reconstitués.

De manière globale, le film est bien fait, un de ces films qu'on peut qualifier de 'coup de poing'. Les acteurs principaux sont bien dirigés. Je n'ai pas trop accroché avec l'actrice principale (Evelyne Brochu), je ne m'y suis pas, comme c'était pourtant le souhait de la réalisatrice, 'identifiée' mais objectivement elle était 'dans son rôle'. En revanche, j'ai beaucoup apprécié les rôles des deux jeunes femmes de part et d'autre du check-point, portés par deux actrices douées: Sabrina Ouazani (L'esquive, La graine et le mulet, et actuellement Le passé) et Sivan Levy, jeune actrice sympathique que je découvre (réalisatrice également). La caméra à l'épaule (qui rappelle une certaine forme de documentaire) est efficace dans certaines scènes.

Cependant, ce film, ajouté aux propos de la réalisatrice, me laisse un bien mauvais goût dans la bouche. Je trouve qu’il y a d’autres manières de faire passer certains messages très graves comme celui du film, d’autres supports aussi qu’une fiction, et j’ai presque bondi quand j’ai entendu les propos de la réalisatrice et certains spectateurs. Certains ont dit qu'ils comprenaient grâce à ce film pourquoi les palestiniens réagissaient comme cela, comment un être pouvait en arriver à être kamikaze. Je ne veux ni ne peux juger tel ou tel comportement car je ne suis pas (et n'espère jamais être) dans cette situation terrible dans laquelle se trouvent les personnes vivant de part et d'autre du mur. Mais une fiction peut-elle avoir pour but de faire comprendre comment on peut devenir l'auteur à cette échelle de morts humaines? Peut-elle avoir le but de créer de l'empathie? Que l'on se trouve du côté israélien, ou du côté palestinien, tous les civils subissent une situation inhumaine. Si le propos de la réalisatrice est d'indiquer qu'il est difficile de ne jamais prendre parti, de rester neutre en tant que tiers plongé dans la réalité d'un conflit qui n'est pas le sien, je peux l'entendre. Lors des conflits, les organisations humanitaires se doivent de toujours privilégier la vie, les soins dispensés, indépendamment de toute considération politique, conflictuelle, ethnique, etc. Mais quand le ressenti des spectateurs s'exprime en termes empathiques quant à des actes entraînant la mort, je trouve qu'il s'agit de quelque chose de très grave qui prouve, même si les spectateurs peuvent manquer de recul, que le traitement du sujet est en tout état de cause problématique.
De plus, à la fin de ce film, je n'ai certainement pas vu l'espoir avancé par certaines critiques.

En conclusion, une intention louable de la part de sa réalisatrice, mais un traitement (et un titre…) bien dangereux pour un terrain où même un rat démineur aguerri hésiterait à hasarder ses moustaches.

Et comme le disait justement Miriam, derrière ce film qui à mon avis ne peut malheureusement résoudre ce qu'il décrit, se cache une réalité bien trop inquiétante. 

 

Quant au long-métrage Les voisins de Dieu, il nous plonge à Bat Yam, Israël, dans le quotidien d'Avi, Kobi et Yaniv. La vingtaine belliqueuse, ils se sont autoproclamés gardiens de leur quartier et se conduisent à ce titre comme les garants de leur vision du Talmud. Ils font respecter de façon musclée le shabbat, surveillent les tenues des filles et s’assurent que les jeunes de Jaffa, la voisine arabe, n’entrent pas dans le quartier avec leurs voitures, toute musique hurlante. L’équilibre de la bande vacille le jour où Avi, le chef du groupe, rencontre Miri, une jeune israélienne non pratiquante.

 

Les voisins de Dieu 2

 

Réalisé par Meni Yaesh, compagnon de Keren Yedaya (dont j’ai beaucoup aimé « Mon trésor » et « Jaffa »), ce long-métrage est filmé de manière masculine, nerveuse et m’a rappelé l’univers de jeux-vidéo dans certains raccords brusques en musique.

J’ai apprécié la performance des deux acteurs principaux, Roy Assaf et Rotem Ziesman-Cohen.

Ce film n’échappe pas à l’écueil d’un certain manichéisme, mais j’ai été sensible à sa visible bonne volonté de réconcilier par la rencontre de deux jeunes deux visions des choses, en l’occurrence celle d’une jeune femme ouverte à la foi, respectueuse de certaines traditions religieuses, mais ne souhaitant pas être enfermée de manière arbitraire dans un carcan bien trop étroit pour elle, et celle d’un jeune homme portant un passé difficile et rassuré par des propos et pratiques religieuses donnant une direction à sa vie, même s’ils entraînent une violence injustifiable.

Encore une fois, comme dans ‘Inch’Allah’, nous sont montrées les limites d’un mode de pensée avec ‘œillères’, où la loi du talion apparaît comme l’unique possibilité de ne pas subir son sort, même si elle se retourne sans fin contre soi.

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Published by Claire
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miriam 20/05/2013 15:15

j'ai ressenti l'inverse, très mal à l'aise avec les Voisins de Dieu, agressée par cette virilité violente. Pour Inch'Allah j'ai ressenti la sensation de perte des repères de l’héroïne

dasola 19/05/2013 22:27

Bonsoir Claire, je ne suis pas allée voir ces deux films car au moins pour le premier, j'ai vu et entendu des critiques mitigées. Bonne soirée.

Claire 25/05/2013 08:57



Oui, finalement j'ai été un peu rassurée par certaines critiques sur Inch'Allah, qui allaient dans le sens de mes réserves sur ce film.
Merci pour ton passage! :) Bon week-end!



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