Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 10:33

Le vent se lève affiche

 

Ce film, dont le titre français est identique à celui de Ken Loach en 2006, a été réalisé par le japonais Hayao Miyazaki, âgé de 72 ans, qui a expliqué ne plus souhaiter réaliser de longs-métrages à l’avenir.

Après dix longs-métrages au rang desquels figurent Mon voisin Totoro et Le voyage de Chihiro (Oscar du meilleur film d'animation et Ours d'Or au Festival de Berlin en 2002), ainsi que de nombreuses collaborations au sein du studio Ghibli créé avec Isao Takahata (dont Le tombeau des lucioles est un des films d’animation qui m’aient le plus plu et marqué), Le vent se lève a été présenté comme son film-testament.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le nom du studio Ghibli provient du mot que les Italiens utilisaient pendant la Seconde Guerre mondiale pour désigner l'un de leur avion de reconnaissance, le Caproni Ca.309 (la passion du réalisateur pour les avions – père et oncle ayant travaillé dans une entreprise aéronautique pour des avions de chasse japonais – se retrouve dans nombre de ses œuvres). Le mot Ghibli signifie – ce n’est pas non plus anodin – «  vent » et fait référence au sirocco, révélateur de l’état d’esprit d’innovation de ses créateurs.

 

Le film raconte une partie de la vie de Jiro, jeune garçon japonais fasciné par l’ingénieur italien Gianni Caproni, qui rêve de voler et de dessiner des avions. Mais ses problèmes de vue l’empêchent de piloter des avions et il est engagé dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927.

Au travers de l’histoire de Jiro, Le Vent se lève évoque une Histoire du Japon qui a dur(abl)ement marqué le réalisateur ainsi que le peuple japonais, notamment le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon.

   

Certains n’auront peut-être pas retrouvé l’aspect fantastique/orinique des précédents films de Miyazaki, mais personnellement sa veine beaucoup plus réaliste (bien que ponctuée de nombreux rêves de Jiro, ainsi que de jolis moments de délicate poésie) m’a touchée davantage.

 

Je ne suis jamais allée au Japon, mais j’ai eu la sensation de voir représenté dans ce film l’esprit de ce pays comme je peux le ressentir à distance. S’y côtoient de manière subtile, difficile, et contradictoire une volonté de modernité, de grandes ambitions, une valeur ‘travail’ confinant au sacré ainsi qu’un souhait farouche de préserver certaines traditions.

Le personnage, génie rêveur et attachant, travaille sans relâche (et approuvé par tous, notamment au travers des mots de son beau-père : « le travail est primordial pour l’homme ») à l’essor de machines de guerre qui contribueront dans un premier temps à servir l’impérialisme japonais puis à la destruction de ce pays.

 

Comment ne pas être attristés par l’exploitation qui est faite d’un évident talent ? Cela m’a confortée dans l’idée que les rêveurs sont parmi les personnes qui peuvent être les plus exploitées au monde… A l’occasion d’un échange avec ses supérieurs hiérarchiques, Jiro est soudain absent, probablement absorbé par une idée ou un rêve. Si l’un des supérieurs montre des signes d’impatience, l’autre le laisse de façon délibérée à ses rêveries. Une manière subtile de montrer qu’il connaît le pouvoir du rêve et la manipulation qui peut aisément suivre.

 

Le réalisateur porte un regard subtil et conscient sur les conséquences de la guerre, tout en gardant un esprit poétique, nostalgique et empreint de pudeur sur les années de jeunesse de Jiro, l’amitié avec son collègue Honjo et l’amour avec Nahoko qu’il a vécus.

 

Les intérieurs et paysages sont précisément dépeints, avec une grâce fragile montrant un fort attachement dans la représentation de la nature (je pense aussi à la remarque de Jiro face à la consternation de son ami regardant les bœufs tractant les avions : « moi j’aime les bœufs »).  

 

Le beau thème musical résonne encore dans ma tête depuis dimanche dernier, et j’ai trouvé les paroles de la chanson du générique de fin très jolies.

Il est intéressant de noter que les bruitages du film ont été entièrement réalisés par des voix humaines.

 

Le titre est cité d’une très jolie manière au début du film, faisant référence, dans un français touchant teinté d’accent japonais, au poème Le cimetière marin de Paul Valéry.

 

« Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre ! »

Partager cet article

Repost 0
Published by Claire
commenter cet article

commentaires

Mina 31/03/2014 17:43

Bonjour, je viens sur ce blog - que je découvre avec bcp de plaisir - par le biais de Dasola - tout-à-fait d'accord avec la critique. J'ai été, moi aussi, touchée par un réalisme plus présent mais
le toujours excellent travail de Miyazaki est bien au rendez-vous. "Le tombeau des Lucioles" garde une place toute particulière pour moi, la poésie du grand réal japonais va beaucoup me manquer.
Bonne fin de journée

choupynette 01/03/2014 18:52

je suis un peu mitigée sur ce film. evidemment les dessins sont sublimes, cependant, je n'ai pas été aussi emportée que d'autres fois.

Christophe 04/02/2014 09:13

Joli texte, délicat et sensible (à l'image de son auteure :) ), pour un film qui m'a également beaucoup touché, sur le rêve, les rêveurs... Beaucoup de belles choses, en particulier sur le plan
esthétique, un travail sur les matières, les vibrations de la lumière, de l'air, remarquable pour un film d'animation traditionnel. Une belle histoire d'amour, pudique et touchante.

Brancato 02/02/2014 21:17

Oui, "les rêveurs sont parmi les personnes qui peuvent être les plus exploitées au monde…", peut-être parce qu'ils n'arrivent à rêver que des rêves, sinon ils se réveilleraient ...
Un commentaire toujours aussi plein de sensibilité, chère Claire

Présentation

  • : Claire dans les salles obscures
  • : Mes impressions sur les films que j'ai pu voir... les vôtres sont plus que bienvenues, elles feront aussi vivre ce blog! :) Si vous ne venez pas régulièrement, pensez à vous inscrire à la newsletter (plus bas à droite) afin d'être tenus au courant des avis postés!
  • Contact

Compteur

Recherche