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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 08:17

Cette jeune poétesse, assez méconnue (hélas!), aimait beaucoup le cinéma. Elle l'a connu à ses débuts. Un cinéma que nous n'avons pas connu, mais qui ne s'est pas départi de sa magie!

 

LE CINÉMA (extraits)

 

(Pour un vieux Monsieur qui ne comprend pas le cinéma)

 

Trou d’ombre. Grotte obscure, ou l’on sent, vaguement,

Bouger des êtres. La pâleur de l’écran nu

Comme une baie ouverte, au fond, sur l’inconnu…

Musique en sourdine — tiédeur — chuchotements —

Odeur de mandarine,

 De sucre d’orge et d’amandes grillées.

 Attente — carillon d’un timbre qui s’obstine —

 Petite danse de lueurs éparpillées.

 

Puis, coup de soleil brusque. Le mystère

 De ce carré de neige s’animant.

 Floraisons de jardins, pics, fleuves, coins charmants,

     Coins tragiques, villes, forêts, la vaste terre…

     La vaste terre, et le ciel vaste, et la magie

     De visages parlant des yeux, des lèvres,

     Sans la voix.

 

   Gestes précis — calme — énergie

   Ou nerfs qui cèdent — Fièvres —

Bonheurs et désespoirs — Des paroles, pourquoi ?

   Un sourire, une larme,

   Un battement de cils…

L’émotion n’est pas dans le vacarme.

   Une ligne, des points… voici le fil

   Du roman triste ou gai qui se déroule.

 

 Aimes-tu voir les hommes s’agiter ?

    Assis, tu regardes la foule.

Aimes-tu le désert ? Tu le parcours, l’été,

Sous un torrent de feu, sans autre peine

Que de laisser pour toi marcher les sables… Plaines,

Montagnes, mers, te livrent leurs secrets —

    Et le pôle est si près

Que Nanouk l’Esquimau t’accueille en frère ;

    Et la jungle est si près

Que tu t’en vas avec le chasseur de panthères…

Ô beaux voyages que jamais tu ne ferais !

…………………………………

Vois, des fleurs s’ouvrent, des oiseaux t’invitent, vois :

Aux vergers d’Aladin s’emplissent des paniers…

Cueille des rêves, toi qui fus un prisonnier !

 Ainsi qu’une arche de porphyre,

 La muraille s’écarte… Évade-toi !

Il pleut — ou le vent souffle sur le toit,

Ou c’est juillet qui brûle, ou, dans la rue,

C’est trop dimanche avec trop de gens qui bavardent —

Viens dans ce petit coin merveilleux et regarde…

……………………………………………

 

    Ici, l’heure vécue,

Même terrible – tous les drames sont possibles ! –

    N’est qu’à demi terrible,

    Et te voilà, comme les tout-petits,

    Riant, toi qui pleurais… Tu ris,

Toi, vieux, comme les écoliers que rien n’étonne.

 

Charlie est là…Charlie ! Et Keaton, et Fatty,

    Et pour ce bon rire, conquis

Sur toi-même, c’est le meilleur d’eux-mêmes

    Qu’ils te donnent.

 

Art muet, soit… N’ajoute rien. Tu l’aimes,

Tu l’aimeras, quoi que tu dises, l’art vivant

Qui t’offre son visage neuf et son langage,

Ses ralentis, ses raccourcis, tous ses mirages,

Tous ses décors mouvants…

Près de ces gens qui, dans l’ombre, s’effacent,

Viens seulement t’asseoir, veux-tu, sans parti pris ?

De la nuit d’une salle étroite, aux longs murs gris,

Regarde ce miracle : un film qui passe…

 

 

Sabine SICAUD, Poèmes d’enfants (Les Cahiers de France, 1926)

poétesse française (1913-1928)


Comme écrire cela à 13 ans?

 

 

Un autre extrait de poème :

… J’attends – comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet…
Une goutte d’eau pure, un peu de vent, qui sait?
Qu’attendent-ils? Nous l’attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu’il reviendrait, peut-être…

 

 

Le poème dans son intégralité (sur un beau site qui lui est entièrement consacré): Vous parler?

      

 

Restez au chaud!

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Published by Claire
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