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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 09:41

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Vu dans le cadre du Festival des Festivals

 

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Ce film de Michel Gomes, c’est tout d’abord un beau format : 4/3. Et aussi une « couleur » : le noir et blanc.

 

Il débute par des images faisant penser à des films du début du siècle dernier, un peu saccadées. A ce moment-là, j’ai pensé (presque à mon insu) que j’allais trouver ce film un peu long.

Un explorateur enjambant militairement des herbes de savane, une jeune femme défunte lui apparaissant, le désespoir de l’explorateur se jetant dans l’eau et des Africains dansant en cercle. Dès ces premières images, le film est fortement connoté, ancré dans une certaine vision du monde, où je ne me suis pas sentie à l’aise.

 

Ce film, c’est ensuite une musique, une partition de piano (Joana Sà) entêtante, géniale, collant parfaitement à ce film souvent muet, qu’elle débute et termine.

C’est aussi une version de 'Be My Baby', en espagnol avec un fort accent américain. L’empreinte de l’Occident est perceptible à beaucoup de niveaux dans ce long-métrage.

 

Découpé en deux parties, deux époques qui s’entremêlent au gré du film.

La première, Paraiso Perdido, c’est le présent se déroulant à Lisbonne. Y gravitent une vieille dame blanche et sa ‘servante’ noire, ainsi qu’une voisine pleine d’empathie (j’ai trouvé l’actrice très convaincante).

La seconde, le passé appelé Paraiso, se situe en Afrique. Une Afrique « coloniale », où il fait chaud et humide, où les alligators s’élèvent et se gardent par caprice étrange, où passent de long en large sur l’écran des noirs portant les coffres des blancs, les servant, courant après les voitures, attrapant les alligators, des noirs réduits à l’image car réduits au silence. Une Afrique où la vieille dame blanche était jeune, une Afrique où elle a aimé.

 

C’est l’histoire d’un amour impossible, contrarié, qui comme tout amour impossible laissera une empreinte indélébile. Ce sera ici une empreinte de mort, de culpabilité, de péché qui doit être expié.

 

Je suis sortie un peu gênée de ce film qui déjà dans la bande-annonce était littéralement « porté » par la critique.

 

Formellement, je n’ai rien à dire, il ressemble à un chef d’œuvre. Le noir et blanc est utilisé à la perfection (surtout dans Paraiso Perdido), il rend émotion, amertume, carnations plus vraies que nature. La vapeur du fer à repasser ou la fumée des cigarettes ont rarement été aussi sublimées.

La scène de la rencontre est parfaite, silencieuse, tendue. Celle d’amour, accompagnée d’une question magnifique, l’est tout autant, présageant du pire. Enfin, celle du vieil homme et de ses larmes dans la voiture nous montre que malgré le temps, le souvenir de l’amour est intact dans le regard.

 

J’ai lu à plusieurs reprises que l’Afrique qui y était montrée était comme une contrée imaginaire et que par conséquent le racisme pourtant évident, suintant dans la plupart des scènes, en était presque désagrégé, perdant de sa consistance. J’ai du mal à accepter cette vision des choses. De plus, la contrée imaginaire a rattrapé le présent de Lisbonne dans ce film, et la dame noire (j’ai apprécié l’interprétation de l’actrice) plie sous le joug de sa couleur, bien qu’elle soutienne dignement le regard de sa patronne chez qui elle évoque le châtiment du passé.

 

Le film est un peu à l’image de cet alligator qui s’échappe, toujours rattrapé par le caprice de sa propriétaire, mais qui ne pourra jamais être totalement maîtrisé. Inquiétant, glissant, sombre, teinté d’amertume.

Un film difficile à raconter, à décrire, tant il fourmille d’éléments, tant il est chargé de références, et au fond, d’une Histoire jamais complètement ensevelie sous la fiction.

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Published by Claire
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commentaires

miriam 11/01/2013 19:24

J'en reviens, ravie, emportée par l'exotisme désuet d'un cinéma ancien, classique....désuet. que dire? Moi aussi jai été bien embarrassée pour l'analyse et pour la rédaction de mon billet. Film
pour cinéphiles?

Claire 12/01/2013 15:34



Un film étrange il est vrai...
Ce dont je n'ai pas parlé dans ma critique, mais il est certain que cela a contribué à mon embarras, c'est cette langue très présente, entre sensualité, lenteur et exotisme, qui fait
d'autant plus ressentir la chaleur lourde des lieux du film.



Christophe 23/12/2012 10:11

Pour moi, c'est claire(ment) un chef-d'oeuvre. La seconde partie est d'une beauté à pleurer, esthétiquement, émotionnellement... Quant à la vision de l'Afrique colonial, je crois qu'il faut arrêter
de toujours sortir l'argument du racisme. On nous montre une Afrique certes imaginaire, mais qui est ce qu'elle était à l'époque. Difficile d'évoquer cette période sans évoquer les comportements
tels qu'ils étaient. Certes, cela nous choque aujourd'hui, mais c'est ainsi. Quand au comportement de la vieille dame à l'égard de la personne qui s'occupe d'elle, d'origine africaine, certes, il
est aussi choquant (pour nous), mais ce n'est que le reflet d'habitudes anciennes, accentuées l'âge.

Claire 23/12/2012 10:34



C'est l'articulation entre les deux parties je crois qui m'a gênée, même si j'ai beaucoup de mal à le formuler. Il n'en reste pas moins, comme nous le disons tous les deux, que ce film apparaît
comme un chef-d'oeuvre. Merci pour ton commentaire! :)



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