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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 19:15

             WadjdaSyngué Sabour

 
En cette veille de journée de la femme, deux beaux films récemment sortis sur la condition féminine, à 5000 kms environ d’ici, la porte à côté aujourd’hui…en somme.

 

L’un est le premier film saoudien – réalisé par une femme, Haifaa Al Mansour –, sur une jeune fille de 12 ans qui a une idée fixe, à savoir posséder un vélo (et beaucoup, beaucoup d’idées pour l’obtenir), alors que le second, d’un réalisateur franco-afghan, Atiq Rahimi, qui est l’auteur du livre dont le film est adapté, traite d’une certaine libération d’une jeune femme sur fond de guerre à Kaboul.    

 

 

Au-delà du fait que ce sont de beaux portraits de femmes (l’une jeune, l’autre en devenir), l’envie de les commenter côte à côte m’est venue du fait de leurs particularismes. Il me semble que ceux-ci devraient nous inciter à les (perce)voir, non comme révélateurs de sociétés qui potentiellement nous inquiètent par leurs différences et leurs caractéristiques religieuses que nous englobons/généralisons trop facilement, mais comme des ‘photographies’ de certains milieux – influencés par un islam radical, les Wahhabites pour Wadjda – dans lesquels l’Occident et parfois la modernité (pas nécessairement dans ce qu’elle a de plus réjouissant) s’infiltrent avec plus ou moins de difficultés.

 

Par ailleurs, ces deux films se démarquent par leurs interprètes, qui entrent dans leurs rôles comme dans des vêtements sur mesure, et littéralement les ‘habitent’.

 

Wadjda 2 

 

Waad Mohammed « est » Wadjda. On est du côté de ce drôle de numéro tout en détermination et espièglerie, et ce dès la première scène lorsqu’on voit ses Converse s’avancer au milieu des petites ballerines. Elle veut ce vélo, et l’idée qu’il puisse être inconvenant pour une fille d’avoir un vélo et de faire la course avec son copain, ne lui traverse pas l’esprit. Elle pense aussitôt que c’est la peur d’être battu qui souffle à son copain cette explication à ses yeux saugrenue. Elle va se heurter aux femmes de son école, aux traditions wahhabites, à la difficulté d’apprendre le Coran, mais bille en tête, elle va surveiller farouchement son vélo pour que, le temps de ses efforts, il ne soit surtout vendu à personne d’autre.

Syngué Sabour 2

 

Goldshifteh Farahani (A propos d'Elly, Si tu meurs je te tue, Poulet aux prunes) « sublime » quant à elle cette femme afghane, qui n’a d’autre choix que de s’occuper de son mari dans le coma, blessé au combat d’une balle dans la nuque, dans des conditions extrêmement précaires puisque manquant de tout, entre deux combats, dont les sons nous apparaissent toujours plus proches. Que peut-il se passer dans la tête d’une jeune femme qui est fiancée et mariée, en raison de la guerre, à une photo et à un poignard, en lieu et place du promis ? Combien de drames intérieurs peuvent s’accumuler en dix années pour la plupart faites d’absence, pour le reste d’incompréhension, de manque de dialogue ? Forcée par un jeune soldat, sa vie et sa vision des choses vont basculer. Elle va continuer à s’occuper de son mari. Mais, immobilisé, réduit au silence, il va devenir pour elle sa Syngué Sabour, sa « pierre de patience »:

(extrait du livre)

« Tu sais, cette pierre que tu poses devant toi… devant laquelle tu te lamentes sur tous tes malheurs, toutes tes souffrances, toutes tes douleurs, toutes tes misères… à qui tu confies tout ce que tu as sur le cœur et que tu n’oses révéler aux autres… » […] »Tu lui parles, tu lui parles. Et la pierre t’écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate. Elle tombe en miettes. »

Le spectateur découvrira, grâce également à une très belle photographie, une intimité souvent troublante, une soif de bonheur qui grandit alors qu’elle commence à peine à être étanchée. Il est un peu dommage de constater un manque de crédibilité à la fin, mais le souvenir qui reste du film est celui de la lumineuse Goldshifteh.

 

En creux, Syngué Sabour montre également toutes les difficultés des hommes, à leur manière enfermés dans un système qui peut-être leur convient aussi peu. Dure phrase que celle qui suit, et pourtant… : « Ceux qui ne savent pas faire l’amour font la guerre ».

Dans le film saoudien, d’autre part, c’est Wadjda qui réalise que les femmes ne figurent pas sur les arbres généalogiques, alors même qu’elles portent tous les enfants à naître, filles…et garçons. Son geste à elle, sa généalogie remise d’aplomb, sera d’accrocher son nom griffonné sur un papier en dessous de celui de son père.

Et son premier pas de liberté, qui nous apparait immense et grisant comme l’air nouveau qu’elle semble inspirer à pleins poumons, sera ce vélo sur lequel elle pédale avec une énergie farouche.


Ces films, quand on y pense, montrent avec finesse, émotion et espoir la liberté que portent en elles un grand nombre de femmes dans le monde, un insatiable appétit de vivre, une faculté incommensurable à rêver et une certaine espièglerie, indépendamment de toute langue, culture, époque ou religion qui pourrait essayer, sans jamais y parvenir, de les enfermer.

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Published by Claire
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commentaires

Alain 21/04/2013 10:21

Wadjda et Syngué Sabour deux très beaux films qui, chacun à sa façon, démontrent clairement la force, la détermination et le courage des femmes. Rien que pour ça j'adhère 100%.

La Chouette 28/03/2013 13:54

Coucou Claire,
Un petit conseil si tu en as l'occasion, va voir "Le mur Invisible", ça te plaira beaucoup ! :)

miriam 20/03/2013 11:03

qualle excellente idée de placer en vis à vis ces deux films à l'occasion du 8 mars! J'ai aimé l'un comme l'autre.

Mathieu tuffreau 17/03/2013 21:38

Oui chère Claire,
Wadjda est supérieur par son scénario, Syngué Sabour par son interprétation. Ce sont deux beaux films sur l'insatiable appétit de vivre des femmes, mais aussi sur la violence des hommes, leur
méconnassance du corps, des désirs et plaisirs féminins, sur la violence du regard masculin qui vise à faire perdre aux femmes leur confiance en elles pour mieux marquer leur emprise, ce qui en
fait deux films universels, malgré leurs défauts, et non seulement des témoignages sur la vie des femmes en pays musulman.

film steaming 16/03/2013 15:02

deux films qui se passe dans des sociétés qui semblent si lointain tout en étant si proche, l'histoire de cette gamine et de cette femme pourrait facilement être transposer chez nous.
mistergoodmovies.net

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