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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 19:35

Les Films du Losange

Ce troisième film de Mia Hansen-Løve, malgré des aspects intéressants et assez justes, ne m’a pas entièrement convaincue. J’ai découvert grâce à lui cette jeune réalisatrice, et les deux acteurs principaux.

La narration comporte trois temps : dans le premier, en 1999, Camille (15 ans) et Sullivan (19 ans) découvrent ensemble leur premier amour. Camille est dépendante, en quête de fusion, Sullivan aspire à plus de liberté et partira bientôt en Amérique du Sud, quittant Camille. Dans le deuxième, Camille se remet non sans séquelles de cette rupture, grâce aux études d’architecture qu’elle suit et qui la passionnent, et à la rencontre amoureuse et intellectuelle avec un architecte plus âgé. Dans le troisième, quelques années plus tard, Sullivan réapparaît et la vie de Camille vacille à nouveau.

La caméra dans ce film revient inlassablement, comme les abeilles sur certaines fleurs, autour de Lola Créton (Camille), et la quasi totalité des plans la met en valeur, même dans ses moments les plus sombres. A ce niveau là, l’objectif – si tant est que cela en soit un – est atteint, même si je trouve l’actrice un peu trop « exploitée » physiquement. Elle a cependant un visage intéressant, peu commun, et de ce fait, je n’arrive pas déterminer avec certitude si son jeu est bon, promis à un avenir, ou si elle est bien filmée.

L’esprit féminin est finement perçu, dans ses souffrances amoureuses entre l’adolescence et le début de l’âge adulte, sans doute du fait de la proximité d’âge avec la réalisatrice et de sa sensibilité. Sont ainsi bien transcrits les sentiments de solitude, de vide affectif, de froideur apparente masquant un grand trouble, de soif de toujours plus, et de maturité acquise dans la douleur.
Ce film raconte ces douleurs incomprises issues de projections impossibles, qui ne cicatrisent que partiellement et se réouvrent dans des circonstances précises, sans qu’on puisse avoir un quelconque contrôle dessus. Pour (sur)vivre, l’être humain s’adapte, et pour s’adapter...blesse.

L’acteur principal (Sebastian Urzendowsky) m’a agacée, je ne l’ai pas trouvé crédible. Le français n’apparaît certes pas comme sa langue maternelle – ce qui n’est heureusement pas du tout un problème, plutôt un mérite – mais du fait d’une concentration sur la diction (il me semble), ses répliques étaient assez mal dites.
Quant à la personnalité de Sullivan, elle rend difficilement compréhensible l’attachement de Camille, surtout avec le passage des années.

La découverte de l’architecture par les études de Camille, très pédagogique, ouvre des horizons attirants mais n’apporte pas nécessairement de profondeur au récit.

Les lieux sont bien filmés, dans des lumières attachantes, de la capitale à l’Ardèche en passant par l’Allemagne, nous invitant au voyage, et à l’écoute des sons de la nature.

S’étaient formées en moi quelques attentes concernant ce film, qui sont restées à l’état d’attentes après la projection. Reste néanmoins suite à ce film le goût de la cruauté de l’apprentissage, et celui amer de la perte de l’innocence.



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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 11:26

Michelle Williams & Ryan Gosling. Films sans Frontières

En visionnant la bande annonce, qui était un extrait, j'avais pu craindre de ne pas ressentir d'émotion sincère, spontanée, en voyant le film. Heureusement, bien souvent, on se trompe.

Blue Valentine est réussi car il parvient à nous montrer de manière nuancée cette chose si douloureuse, difficilement saisissable, qu'est l'épuisement, le délitement d'un couple, grâce notamment à deux acteurs (Ryan Gosling, Michelle Williams) portant le film par la justesse de leur interprétation et leur simplicité.

Ce qui blesse tant, c'est au fond de voir que ce qui a créé en eux l'émotion, l'attirance, la complicité et est devenu au fil du temps une habitude, puis un repère, se retourne contre eux de façon cinglante, en déchaînant une violence inouïe.
Qui est à blâmer? Qui peut même l'être? Peut-on revenir en arrière? Le mal fait par amour peut-il être réparé? Je me garderai bien de porter le moindre jugement.

Musique touchante pulsation d'un récit en allers/retours dans le temps, caméra précise, toujours à propos dans sa proximité, acteurs gracieux, panorama cruel d'un jeune couple dans l'Amérique des dernières décennies, entre quête de sensations et perte d'idéaux.

Si l'équilibre n'est jamais que la compensation d'un déséquilibre, alors le bonheur est une lutte fragile de chaque instant, créant des étincelles de magie, inoubliables.


"You always hurt the one you love
The one you shouldn't hurt at all
You always take the sweetest rose
And crush it till the petals fall
You always break the kindest heart
With a hasty word you can't recall
So If I broke your heart last night
It's because I love you most of all..."



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Published by Claire
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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 22:16

Voici les résultats!

Pour ma part, le classement que j'avais envoyé à Chris:

1/ Une séparation (sans hésitation)
2/ Le gamin au vélo (pour la cohérence et la juxtaposition d'éléments positifs)
3/ The Tree of Life (pour l'angle original et l'esthétique même si pas convaincue par le reste)
4/ Le chat du rabbin (parce que je me suis moins embêtée pendant la projection que les 4 suivants)
5/ Minuit à Paris (parce que c'est pas nouveau ni génial, mais c'est plutôt bien filmé, sans accrocs)
6/ La conquête (pour la prestation de Podalydès, mais comme je n'aime pas cette utilisation de son talent, je ne le classe pas meilleur acteur)
7/ Le complexe du castor (parce que je n'aime qu'on me dise quoi penser et donc avoir l'impression qu'on me prend pour une idiote - ça arrive souvent avec les ricains, sic, parce que Gibson a toujours la même tête, et que la marionnette ça dure trop longtemps)
8/ London Boulevard (parce que je n'arrive pas, à part la musique super, à dégager de bons éléments)

Meilleurs réalisateurs: Asgar Farhadi/Jean-Pierre et Luc Dardenne
Meilleurs scénarios: Une séparation/Le gamin au vélo
Meilleurs acteurs: Peyman Moadi/Brad Pitt
Meilleures actrices: Sarina Farhadi/Jessica Chastain

Pour ma part, le coup de coeur était "Blue Valentine", dont je ferai très bientôt la critique.

Beau début d'été à tous!



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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 22:41



Festival de printemps de Christoblog

Je ne crois même pas voir vu la bande annonce de ce film avant d'aller à la projection.

C'est donc neuve de tout a priori ou impression que je me suis retrouvée devant un film mélangeant les genres sans que la sauce prenne, à la fois film de gangsters reprenant de nombreux codes sans le faire très bien, romance impensable (vous y avez cru?), quête de rédemption qu'on sait vouée à l'échec dès le départ.

Les acteurs ne décollent pas vraiment mais leurs rôles ne les y aident pas non plus.
Seul David Thewlis se détache un peu du lot en excentrique sophistiqué, étrangement détaché de la violence qui l'entoure (quasi banalisée, inutile), avec ce flegme typiquement anglais.

J'ai pensé à Lynch (c'est moi la voisine blogueuse) pendant la scène où le "héros" se rend chez Gant et colle une droite à l'épouse puis retrouve le mari dans sa chambre. Ca m'a rappelé Mulholland Drive quand le réalisateur rentre chez lui, mais en tellement, tellement moins bien.

En fait, il n'y a que la musique, prise indépendamment du reste du film, qui tienne la route.

En bref, c'est raté.



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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 22:32

Autochenille Production - TF1 Droits Audiovisuels - France 3 Cinéma

Festival de printemps de Christoblog

J'avais lu il y a 5 ou 6 ans le tome 1 de la BD "Le chat du rabbin". J'avais été prise immédiatement par le rythme et le côté incisif de la vision de l'auteur, analysant sans concessions et plutôt finement les questions de la foi, de la
religion, et leurs rapports avec le sexe par exemple. Cependant, vers la fin, j'avais trouvé peut-être un peu cru, ou dérangeant au fur et à mesure des propos.

La BD narre l'histoire - pour le moins originale et qui ne manque pas d'humour - du chat d'un rabbin d'Alger qui se met à parler et demande alors à faire sa Bar-Mitsva.

Voici donc l'adaptation de cet ouvrage au cinéma, dans un film d'animation plutôt sympathique, même s'il faut bien dire que certaines choses se sont perdues sur le chemin de l'adaptation. On survole de grands sujets, on les effleure.
Les couleurs cependant sont jolies (et rattrapent le relief - je n'ai pas vu grand chose de plus en 3D), les voix sont attachantes et surtout, la musique est belle.

Autant je n'avais pas du tout accroché avec "Gainsbourg, vie héroïque", autant j'ai pu apprécier ce film. Apprécier, pas adorer.
Et cela m'a donné envie de relire la bd... ce qui n'est déjà pas si mal!



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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 21:15



Festival de printemps de Christoblog

J'ai beaucoup attendu pour écrire le peu de lignes qui suit, faute de temps...mais cela ne m'a pas fait voir le film différemment.

Mel Gibson ou Jodie Foster ont fait couler pas mal d'encre pour différentes raisons, et des réactions de Mel Gibson ont été beaucoup décriées. Je ne souhaite pas entrer dans ces considérations (ce qui en a été dit est suffisamment triste et grave) et à l'instant présent, je parle simplement de CE film.

Le moins que je puisse dire, c'est qu'il ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.
Je ne l'ai trouvé ni subtil, ni très nouveau, mais plutôt typiquement américain comme je n'aime pas (attention, il y a des films américains que j'aime beaucoup) même si on sent bien la tentative d'originalité et de distance de la part de la réalisatrice.
Les interprétations sont tout sauf renversantes, et je n'ai pas vu, comme j'ai pu le lire, le côté distingué dans la réalisation de Jodie Foster.
A la limite, je trouve la relation en parallèle entre le fils et la jeune fille (Jennifer Lawrence, en demi-teinte par rapport au beau
Winter's Bone) plus intéressante que celle du couple Gibson/Foster.

La marionnette a une très bonne tête, vraiment bien faite, c'est une bonne trouvaille, mais enfin... au bout d'un quart d'heure de quenottes, on se demande quand on va passer à l'étape suivante!



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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 22:21

Bernard Le Coq et Denis Podalydès. Emilie de la Hosseraye / Mandarin Cinema - Gaumont 2011

Festival de printemps de Christoblog

Lorsque j'ai entendu parler de ce film la première fois, c'était concernant le fait que ce film était le premier consacré à un Président de la République dans l'exercice de ses fonctions. La question qui m'est venue à l'esprit a été: "Pourquoi un tel film??"
Après avoir vu ce long métrage, je ne suis pas plus avancée!

Il se déroule pendant les 5 années qui ont précédé l'élection de N. Sarkozy à la Présidence de la République, jusqu'au soir des résultats.

Le spectateur pourrait s'attendre, compte tenu de la mention: "Ce film est une fiction" à des révélations ou au moins des écarts dans le récit. Il n'en est rien.
Le film retrace cette "conquête", avec force flashbacks, mais sans surprise.

J'ai été assez décontenancée d'une part de voir évoluer à l'écran tous ces hommes politiques "contemporains", comme si cette absence de distanciation temporelle par rapport à cette Histoire si récente tendait à décrédibiliser, vider de leur substance, les évènements eux-mêmes.
D'autre part, le parti pris de placer également l'accent sur la vie privée "ordinaire" des dirigeants politiques, impliquant nécessairement une part de ridicule, a pour conséquence, à l'instar d'un show à l'américaine, de les humaniser, de les faire paraître - si on ne réfléchit pas - pour des personnes presque sympathiques, donc pour le pire plus que pour le meilleur...

Personnellement, cela ne m'intéresse pas de suivre les déboires, y compris sentimentaux, des hommes politiques, même dans un film! Leur mission est tout autre, et en théorie autrement plus noble, car dans l'intérêt...de la nation, non??
J'aurais aimé pouvoir dégager d'autres conclusions à ce niveau, et si le but du film, au delà de la critique, est de nous montrer leur caractère "humain", avec moi cela ne prend pas...

La sensation que j'ai eue, c'est que l'on essayait de nous montrer aussi que nous étions mis en mouvement par des marionnettistes qui n'ont rien à faire de leurs petites marionnettes, qui n'ont de cesse de batailler pour garder les commandes, et de se tirer dans les pattes comme des gamins.
Comme ce n'est pas nouveau comme idée, on en revient toujours au même point: le film avait-il une utilité? Pour ma part, je ne la vois pas.

Du point de vue cinématographique, je n'ai pas été convaincue...non plus.
Les dialogues, faits d'incessantes attaques mêlant plus ou moins d'esprit, sont assez répétitifs.
Le mimétisme de D. Podalydès est assez confondant et s'il me faut le reconnaître, j'aurais préféré saluer le talent de cet acteur dans un film volant...plus haut.



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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 23:55

Memento Films Distribution

Festival de printemps de Christoblog

J'avais beaucoup aimé « A propos d'Elly », mais je dois dire que j'ai été bouleversée par le dernier film d'Asghar Farhadi (Ours d'or du meilleur film). On est plusieurs crans au dessus, et quand on pense à la conquête et à son ami castor à la dérive, alors là, ils ne boxent tout simplement pas dans la même catégorie.

J'ai tellement été touchée par ce film que je ne sais par où commencer.

Depuis la projection d'hier, je me suis posée la question : qu'est-ce qui, pour moi, fait d'un film une oeuvre qui compte? Les composantes de ce film m'offrent une réponse.

L'histoire est celle d'un homme, Nader, et d'une femme, Simin, qui n'arrivent pas à s'entendre devant le juge pour se séparer. La femme quitte le domicile, y laissant sa fille Termeh de 11 ans, et le père de son mari, atteint de la maladie d'Alzheimer. Le mari engage une jeune femme pour s'occuper de son père la journée en son absence, sans savoir qu'elle est enceinte et qu'elle n'a pas eu l'autorisation de son mari pour ce travail.
Cette histoire emporte beaucoup de conséquences, et le spectateur s'y fait prendre, comme accroché à une ronce. Il y a plus d'épines qu'il ne semble au regard, et chacune d'entre elles touchée sans précautions peut blesser.

Au tout début du film, les Ours obtenus à Berlin apparaissent à l'écran. Je suis surprise par les mentions « Ours d'argent collectif » pour les acteurs et actrices. Quand le film se termine, je comprends la raison de ce beau prix. Tous, à leur manière, portent le film, le font vivre et nous bousculent jusque dans nos peurs profondes, mais c'est l'alchimie du groupe évoluant sous nos yeux qui révèle leur individualité, et leur talent.
Talent du réalisateur également qui a su trouver les êtres pouvant incarner les différents personnages qu'il a créés, en leur offrant la chance de ne pas briller qu'individuellement.

Les personnages sont d'une consistance rare. Le vieil homme déchirant dans sa maladie; le père fier qui ne veut pas céder et encore moins décevoir sa fille (rôle magnifique de Peyman Moadi); la femme allant au plus profond de sa foi, souffrant, doutant de ses actes et de sa mémoire; la jeune fille intègre qui grandit et voit son monde se disloquer tout en comprenant que le mensonge peut y avoir sa place (discrétion, mal-être, maturité de Sarina Farhadi); l'épouse souhaitant une autre vie mais que les évènements piègent; la petite fille qui a déjà saisi les interdits de sa mère en tant que femme; l'homme blessé dans sa dignité qui refuse de s'incliner devant l'argent.

La caméra se fait tour à tour discrète et intrusive, parfois elle se fait même l'interlocuteur direct des acteurs. Elle suit le père bondissant dans sa démonstration sous les yeux de sa fille. Elle s'arrête, derrière une fenêtre, donnant au spectateur la possibilité de se reprendre, de prendre du recul et accepter ce qui est dit et montré ou, pis encore, suggéré.

Le scénario est convaincant, rebondit sans créer de lassitude, les scènes s'enchaînent sans accoups. Les dialogues sont, derrière des mots simples, riches de sens. Les sous-titres sont étonnamment bien faits, fluides.

La profondeur des questions abordées, et leur nombre (je ne peux les lister), ne peut laisser indifférent. Quel est le poids d'une vie? Quel est celui d'un choix? Quelle est la place de la vérité ? Comment accepter la maladie d'un proche? Peut-on concilier foi, doute, mensonge?

La scène finale, très éprouvante, est à la mesure du déchirement qui s'opère. Quant au dernier plan - long, pudique, utile -, il permet au spectateur de prolonger sa réflexion bien au-delà de la salle et démontre une fois de plus l'intelligence du réalisateur.

Un film humain, rare, à voir et surtout à méditer. Chapeau bas à Asghar Farhadi.



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Published by Claire
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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 20:26

Thomas Doret. Christine Plenus

Festival de printemps de Christoblog

On pourrait reprocher aux frères Dardenne de toujours faire le même type de films. Le fait est qu'ils se situent immanquablement dans les mêmes lieux un peu gris, dans des climats sociaux difficiles, avec des personnages en souffrance
aux trajectoires contrariées.
Ce type de film est donc difficilement comparable avec des oeuvres au budget colossal, misant beaucoup sur des effets visuels/spéciaux, des lumières extraordinaires, des sentiments étirés comme la guimauve ou triturés à des sauces d'un mysticisme douteux (évidemment, je ne pense à aucun film en particulier). Non, ici on est dans le réel, il n'y a pas de place pour l'artifice. Cela plaît, cela touche, cela lasse, cela décourage parfois, les réactions contrastées sont compréhensibles.

Personnellement j'apprécie ces films, même s'ils peuvent être dans la répétition. Parce qu'ils montrent des émotions difficiles de manière subtile et avec des moyens simples. J'avais vu "Rosetta" à sa sortie en salles, que j'avais beaucoup aimé, même si (et sans doute parce que) la caméra à l'épaule m'avait littéralement épuisée et que le film était choquant de dureté. Les thèmes de "L'enfant" m'avaient également émue.

Les personnages de leurs films sont en lutte permanente, contre à peu près tout ce qui les entoure. Quand ce n'est pas le travail, c'est la famille, quand ce n'est pas la famille, c'est le quartier et ceux qui l'habitent, quand ce n'est pas le quartier c'est la société inhumaine, matérialiste, de consommation qui les englue dans des besoins qu'ils ne pourront satisfaire qu'au détriment des meilleurs de leurs sentiments. Ils sont démunis, déhérités, pourtant ils n'ont de cesse de se heurter à cette réalité qui les dépasse avec un sens de la débrouille stupéfiant. Ils deviennent les incarnations de toutes ces luttes. Et selon moi, ce sont ces luttes, qu'elle soient justifiées ou non, perdues d'avance ou pas, que les frères Dardenne savent filmer.

Dans le Gamin au vélo, le jeune Thomas Doret - doué, buté, surprenant - envisage cette lutte de tous les instants comme un jeune animal hargneux (le surnom "Pittbull" lui va comme un gant), s'accroche autant qu'il blesse, parce qu'il ne peut pas comprendre que le peu qu'il a lui soit enlevé. Il ne peut admettre de ne pas avoir de nouvelles de son père, il ne peut accepter de ne plus avoir son vélo. Et, sans sentimentalisme aucun, le film nous fait douloureusement prendre conscience de toutes les choses "évidentes" que beaucoup d'enfants n'ont pas, ou auxquelles ils doivent parfois s'accrocher pour ne pas les perdre.
Lorsqu'il trouve un certain équilibre, il s'y réfugie mais cherche alors immédiatemment s'il ne peut pas s'aventurer en dehors de ce territoire connu pour tirer encore plus profit de la situation, et surtout plus de choses matérielles. Car au
fond, s'il refuse affectivement d'intégrer l'instabilité du père et son incapacité à le prendre en charge, ses agissements prouvent qu'il sait ne pas pouvoir compter sur lui. Et la détresse d'un enfant débrouillard est une manne que certains repèrent immédiatement et cherchent à exploiter.
La lutte devient un apprentissage douloureux, un choix permanent (souvent non mesuré) entre risque et sécurité, entre douleur et facilité, entre incertitude et acquis.

Les scènes de vélo, avec pour seuls sons les bruits de l'air dans les rayons du deux roues et frôlant les oreilles du garçon, donnent une très belle et touchante sensation de liberté.

Cécile de France, que je commençais presque à ne plus apprécier, trouve dans ce rôle le moyen d'exprimer simplement l'impression de naturel un peu brusque mais chaleureux qu'elle dégage.

La musique, magnifique (Concerto n°5 de Beethoven), surgit - un peu fort - aux détours de scènes marquantes, et se retrouve apaisée dans le générique de fin.

Ce film, qui a reçu le Grand Prix au Festival de Cannes, ne brille pas par son originalité mais interpelle par sa sobriété et la justesse des sentiments subtils et des situations douloureuses qu'il dévoile.



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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 17:35



Festival de printemps de Christoblog

Comme je l'ai indiqué dans mon précédent post, l'ambiance de la salle était peu propice pour une appréciation "attentive" du film, et la VF m'a fait peur, surtout au départ.

J'ai tenu à ne pas lire de critiques ou de commentaires approfondis sur ce film (y compris sur le blog) afin de ne pas être influencée pour écrire ce qui suit.


La bande annonce n'avait à mon sens pas laissé présager un tel film. Assez bien faite, elle comportait suffisamment peu de paroles pour maintenir le futur spectateur dans le flou, tout en lui offrant un aperçu plutôt attrayant et laissant supposer un contenu riche, voire profond. Il est assez désagréable, dans ce cas, d'avoir la sensation a posteriori d'avoir été floué.


Sur la forme, si l'on fait exception des nombreuses répétitions qui peuvent lasser (plans de la lumière ou du soleil à travers les feuilles ou arbres, encore et toujours, jeux de rideaux ou tissus, algues, chevelure de la mère, etc), on ne peut nier l'originalité du cinéaste et son regard particulier.
Certains aspects des relations familiales sont ainsi très bien observés et filmés avec finesse, notamment entre les deux frères aînés. La vision du père et de la mère par le fils aîné oscille également sans relâche (grâce à des plans plus ou moins rapprochés des personnages) entre admiration, crainte, adoration, impuissance, incompréhension, amour et haine.
La palette des couleurs semble toujours arriver à épuisement et pourtant de nouvelles images viennent la compléter.
La beauté de la mère et sa grâce sont en permanence soulignées, laissant à penser - peut-être à tort - à une idéalisation complète de la part du réalisateur.

La musique est belle, mais associée aux voix off et à une religiosité plus qu'à une spiritualité, devient rapidement pesante.


Le jeu des acteurs est inégal.
Brad Pitt réussit à tenir ce rôle avec justesse, entre père exigeant, autoritaire voire violent, et homme se débattant avec des échecs professionnels mais voulant toujours rester digne et droit face à sa famille. Sean Penn est, surprise, presque absent de son rôle, l'air ennuyé comme s'il ne savait pas très bien pourquoi il s'y trouve. Jessica Chastain colle tellement à ce rôle de mère gracieuse, effacée, qu'elle en devient parfois évanescente. Les frères sont convaincants, surtout l'aîné quand sa haine aux relents de violence couve dangereusement.


Sur le fond, le film est "nébuleux".

Le nombre d'images (magnifiques, certes) du cosmos, de la planète, des organismes vivants était quasi incalculable et occupait une grande partie de la durée du film. Cependant, dans ces proportions, à quel titre ces images avaient-elles leur place dans un film de fiction? La magie - et la liberté - du cinéma est certes aussi de pouvoir montrer l'inhabituel, l'extraordinaire mais ces derniers doivent être soigneusement encadrés et justifiés pour donner au spectateur une chance de les suivre en dehors du cadre d'un documentaire!

Peut-être cette interprétation est tout à fait fantaisiste, mais est montrée dans le film une grande partie des étapes de la Genèse, comme si, partant de cette épreuve du deuil de la perte d'un fils pour la mère et d'un plus jeune frère, le fils aîné devenu adulte déroulait le fil qui relie la nuit des temps jusqu'à son époque. Tout cela pour arriver à une acceptation des évènements, une stabilisation de la douleur, en se frayant un chemin vers la compréhension et la foi.

La présence de dinosaures, comme "(super)posés" au milieu des immenses étendues, m'a interloquée. Il est fait mention dans la Bible de grands animaux, mais je ne sais pas si le débat ou les interprétations sont réellement tranchés quant au fait de savoir s'ils sont des dinosaures? Simple remarque pour des images...incongrues.

Quant à la fin, sur cette plage aux allures de paradis pour personnes errantes (ou d'antichambre d'attente??) où tous se retrouvent et sourient, il est aisé de "décrocher".

Le film dans sa globalité est trop long, une demi-heure en moins et déjà cela aurait évité une partie des soupirs de soulagement et des départs impatients quand le générique de fin est apparu à l'écran.

Le cinéma peut constituer un moyen d'expression des croyances et de la foi, qui doivent être respectées, mais une fois de plus, encore faut-il fournir les moyens au spectateur de les appréhender tout en laissant une porte ouverte au recul, à la réflexion personnelle.


Ce film a des qualités mais il laisse perplexe quant aux intentions de son auteur, et n'emporte donc ni l'émotion, ni la réflexion peut-être souhaitée, faute de profondeur.
Qui trop embrasse, mal étreint.

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